• Sabine

Zabus, Hippolyte - Les ombres

Dernière mise à jour : 28 nov. 2020



« Quand un homme fuit son pays, c’est toujours pour trouver une vie meilleure… Mais la route est longue et difficile. L’exilé s’épuise tant à survivre qu’il en oublie la raison pour laquelle il est parti, ce qu’il cherche et même qu’il est. Il n‘est plus qu’un corps qui marche… »

Difficile de vous parler de cette histoire tant elle vient remuer nos tripes, balancer la quête criante de l’exil, des réfugiés, migrants ou immigrés. Difficile de vous conter, résumer l’histoire, l’épopée, le voyage tant la vie n’a jamais autant tenu qu’à un fil, une ombre, un lambeau de vêtement, un oripeau d’espoir, une parole donnée, un mirage entrevu, un naufrage annoncé. Peu de mots me viennent. Peu de mots car l’exil ne se raconte pas : il est souffrance, dur, réalité, vérité. Il est dédale, perte, interdiction, bravoure.

Tout commence dans cette salle d’interrogatoire où un petit homme (matricule 214) tenant à peine assis sur une chaise bien plus grande que lui, doit se raconter à un homme masqué, une ombre, un bourreau. Nul ne sait, nul ne saura. Pièce nue, austère, lumière blanche, crue.


« Quelle est votre histoire ? »

L’histoire d’un exil, d’une fuite, d’un « voyage » sans nom partant de Petit Pays une contrée aux sublimes couleurs aux portes d’un pays, Grand Pays, qui les ferment à son arrivée. Des ombres qui le suivent, il est le seul à les entendre. Oublier le passé, oublier les couleurs, la vie, les odeurs d’épices, le voyage entrepris, le pourquoi. Que dire, taire, museler pour s’intégrer ? Oublier l’histoire d’un Petit Pays où l’on vivait en paix jusqu’à l’apparition de cavaliers sanguinaires, fouilleurs et extracteurs d’un sous-sol riche et ce quelque chose que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Sur ordre, ils pillent, ravagent, tuent, violent, saccagent et contraignent les habitants à fuir, trouver un endroit où ils pourront vivre, perdurer l’histoire de leur contrée, demander l’asile.


« Vous êtes dans la salle d’attente. La salle d’attente est l’endroit où l’exilé attend. Il attend quoi ? La suite des évènements. Cette longue attente va de « longue » à « très longue ». La salle d’attente doit être propre. On vous nourrit trois fois par jour et vous devez pouvoir y faire vos besoins en toute dignité. Important ça la dignité ! Quant à votre confort psychologique, il sera clairement négligé. N’oubliez pas : le but n’est pas de vous donner envie de rester. »

Le récit commence, ne nous lâche pas, nous envahie. On se prend à errer telle ces ombres, ces migrants. La terre natale au loin, l’errance, les mers et bois à traverser, faire face aux tempêtes et démons, aux sirènes avides de corps et d’âmes. Fuir la peur au ventre, fuir la mémoire, la solidarité, les souvenirs, l’entraide, la bonté.


Les couleurs se juxtaposent, bleu nuit au vert turquoise des forêts, les jaunes des pays traversés, l’odeur du curry, des déserts. La richesse d’une palette sur des traits masqués, tout en finesse, en douceur même, une aquarelle floue où l’onirisme nous transporte, où l’encre apporte la force au récit.

Un récit où se côtoie le fantastique de Murakami, la beauté sauvage de Miyazaki, la volonté de vivre de Hugo, d’un monde meilleur, la force et le courage de combattre la haine, le mal, les pires travers des hommes, d’un pays de Kafka. Une histoire remplie d’humanité, de beauté et de poésie.



Les Ombres

Zabus et Hippolyte

Phébus



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