• Sabine

Vincent Turhan - Les étoiles s'éteignent à l'aube



« Les anciens nous ont raconté plein d'histoires. Je ne me rappelle pas de tout, mais je me souviens d'une légende qui nous vient des Algonquins. D'après cette légende, les étoiles dans le ciel, ce sont tous les feux de camp que nos ancêtres continuent de faire pendant leur voyage dans l'autre monde. C'est pour ça qu'elles brillent si fort, et qu'il y en a autant, si bien qu'on n'est jamais vraiment seul. Quand le soleil se lève, à l'aube, les étoiles s'éteignent et nos ancêtres reprennent leur route. »


Les montagnes du grand Ouest Canadien. Les longs paysages et le silence qui se lit entre deux montées escarpées à dos de cheval, au pas de l’histoire racontée et des indiens ojibwé, des sang-mêlés comme ils se nomment eux-mêmes. Sang mêlé par le passé, l’amour et le désir, les boissons alcoolisés qui crachent leurs feux dans les gosiers comme pour mieux oublier tout ce qui ne peut s’avouer, la douleur, l’abandon, la souffrance, les silences…

Les montagnes, un père et son fils, un dernier voyage vers la montagne sacrée, un dernier voyage pour apprendre à s’apprivoiser, à comprendre pourquoi ce passé, les promesses jamais honorées, les départs et les fuites, les longs silences et chagrins-tristesses qui deviennent compagne de vie. La cruauté de la vie, celles des mensonges et des non-dits, des magnifiques embrasements des montages le matin lorsque les étoiles s’éteignent à l’aube.

Une bande dessinée comme un long récit où la lenteur fait appel à la contemplation, à la beauté intérieure de ceux qui ont tout perdu, vie comme histoire : le passé cruel qui ressurgit comme l’alcool seule amie possible à l’éternité. Les planches reprennent les grandes étendues, les paysages comme source d’une folk-song triste et magnifique. Tout est contemplation du haut des monts, du haut du sacré, la souffrance d’un peuple qui tente de gagner l’éternité, un long traveling entrecoupé de plans plus serrés sur les visages et les corps fatigués, attendant une délivrance, les non dit enfin racontés, la mort qui arrive à la vitesse d’un cheval au pas.

Sans racine, sans vie et pourtant au détour d’une page, au détour d’un plan ou d’une parole échangé, d’un silence exprimé, tout se dit, tout se lit. Dans les ciels des matins d’aurores, des matins d’aube, des matins où s’éteignent les étoiles.


Et c’est sublimement, tristement, magnifiquement beau.

Le règne d’une montagne, d’un paysage pour éternité. Pour les sang-mêlés.


« Je pense qu'un mystère doit rester un mystère, si tu veux qu'il t'apporte quelque chose. »

Et relire le roman de Richard Wagamese.



Les étoiles s’éteignent à l’aube

Vincent Turhan

Sarbacane

(d’après le roman de Richard Wagamese)



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