• Sabine

Thomas Vinau - Chaque matin

Dernière mise à jour : 31 juil.



« Au loin le tonnerre traîne. Entre la grève et les gravas. Le matin est un port. Qui t’attend. Avec ton paquet de rêves sous les bras. »

Comme un bonbon légèrement acidulé, un reste de zeste grattant le fond de la gorge pour mieux en retenir la douceur sucrée, il faudrait lire et relire Thomas Vinau chaque matin pour comprendre le pourquoi des riens, de l'invisible, des naufrages, des aubes qui tardent et des aurores qui festoient. Ce quelque chose de tendre qui crie sans faire de bruit de peur de réveiller la petite brûlure qui rappelle combien tu es en vie, la caresse qui se prolonge dans le dos et un peu plus bas parfois, la tête qui vient se poser sur l’épaule amoindrie, le paquet de cigarette oublié près du bout de papier froissé marqué d'un je t'aime un peu effacé.


Chaque matin, il faudrait écrire en gros des petites lettres, remettre le cœur en marche au pas de ses battements répétés. Petit matin écrasé ou grande victoire du pied posé. Il faudrait aimer oui. Aimer comme on peut. Mal peut-être ou bien. Aimer plus rien, un jour, et le lendemain matin, tout donner. Oublier les injonctions de la veille, la politique du jour, les coups et les bourrasques, les ouragans et les feux de forêt. Oublier combien le temps gris peut devenir beau, se remplir d’une petite poésie, une mélodie fredonnée au creux de l’oreille, emportant en soi, les souvenirs de l’instant, la solitude respirante, les riens, qui une fois enlevé le superflu, deviennent essentiel.


« Plus rien. Puis un jour. Quelque chose de différent. Sur la nuque des filles. Sur la peau des objets. Sur l'herbe. Sur les peupliers pelés du boulevard. »

Thomas Vinau est une salutation au soleil les lendemains d'ivresse, la main sur la première tasse du réveil, le visage et le corps transpirant les odeurs de la nuit, les genoux à la place des pieds, le héros looser matinal au regard broussaille face au monde bouilli, cuit et recuit, celui qu’on appelle à la rescousse lorsque l’échelle du jour est trop haute à monter, lorsque l’Olympe te parait un poil l’enfer, lorsqu’il est plus facile de se taire que de parler. Il est l’ami des petits déjeuners, celui qui vient toujours au bon moment, avec le pain et les croissants, avec le chocolat et le café, la tasse de thé et pourquoi pas la bonne vieille confiture au goût sucré.


« La nuit a mouillé l'herbe. La route est droit devant. Il faut marcher d'un pas d'aube. Chaque matin. Devenir. Du bon côté de la tartine»

Parce que même pied gauche ou pied droit, chaque matin, lire Thomas Vinau est un bout de ficelle qui aide à s’étirer, s’écouter, se tenir un peu plus droit, un peu moins acrobate, un peu moins naufragés des trottoirs et des quais, des routes et des parapets. Parce que lire Thomas Vinau, c’est retirer un bout de cendre qui recouvre nos restes, nos rêves, nos gestes.


Et c’est surtout rajouter la confiture sur la tartine du petit déjeuner même si je t'aime est un peu rhapsodié.


Chaque matin.

Tenter.

Essayer.

Chaque matin.


« C’est quand elle fait la sourde oreille qu’elle rêve le mieux.»


Chaque matin

Thomas Vinau

Atelier Rougier


16 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout