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Piero Macola - Les nuisibles


« Je me croyais à l’abri. Erreur. « Ne jamais baisser la garde ». C’est la première règle. Les souvenirs attaquent par surprise. »

Les souvenirs quand ça remonte, cela ne laisse pas que de belles traces. Au contraire, ils peuvent même laisser entrevoir les moments camouflés, partiellement ensevelis dans notre mémoire, mis dans le tiroir des cauchemars ou des erreurs, des nuisances qui nous polluent une vie. Et puis un jour au détour d’une rencontre, ils ressurgissent, reviennent à l’assaut, comme ces photos jaunies qu’on garde dans une boite et qui, un jour, se retrouvent de nouveau devant nos yeux, des images comme une menace sur les jours heureux.

Bruno est éclusier. De son appartement sans âme et sans vie, il n’a tissé aucun lien, aucun endroit où il fait bon vivre, pas comme dans ces vieilles maisons qui sentent la poussière et les murs craquelés, les livres et les odeurs de choses immobiles, comme dans celle de Maria, une vieille femme, sa seule amie. Alors pour ne pas trop remuer la vase de l’écluse et du fleuve qui traverse la ville, se déversant au loin dans l’océan, charriant de plus en plus d’étrangers et d’intrus dans ce coin de campagne reculée. Ne pas trop remuer les souvenirs et les fermes abandonnées, les cambriolages qui annoncent les changements et les menaces. Il se protège en devenant ce qu’il a toujours été : généreux envers les autres, invisible, dans le noir, à l’abri et « respecté les limites du tracé ».


« Je ne vais pas m’égarer. Je ne vais m’égarer. Je ne vais pas m’égarer.»


Anton vit de petits boulots qu’il trouve à droite à gauche. Ces petits boulots que l’on confie aux gens comme lui, ces étrangers qui ont migré d’un pays pour tenter de trouver une vie meilleure ailleurs. Des boulots comme des manœuvres, des bouts de chantier où personne n’est déclaré et où bosser revient à de l’esclavage moderne, désocialisé. Ne pas faire de bruit, ne pas se montrer, rester dans l’ombre, devenir invisible dans le visible. Nuisible. Son rêve continuer son chemin vers la Suède, tracer la route comme on trace un avenir. Mais quel que soit le pays, un fantôme reste un fantôme. Un mort vivant. Jusqu’au jour où Anton tombe d’un échafaudage.

« Bientôt il fera brouillard tous les jours. »



Deux hommes en marge de la société. Deux hommes coupés de toute vie. Deux hommes qui ont décidé de se retirer, de devenir invisibles par protection et survie, parce que ne correspondant pas aux schémas édictés, à la vie rêvée. Deux hommes qui ne veulent pas faire de vagues mais vont apprendre à s’unir, à faire preuve de générosité et d’ouverture, d’esprit l’un envers l’autre, d’humaniste et de compréhension. Deux hommes qui vont côtoyer leur intimité, leurs souvenirs pour en faire un élan de solidarité.


D’un crayon pastel-papier, tout en douceur et nuances, abordant les thématiques d’un monde déshumanisé où le social devient insociable, Piero Macola nous emmène de façon subtile et nuancée dans son monde où la nuit et les brouillards règnent, où un jour au détour d’un accident de la route, les souvenirs ont droit de devenir une vie, de casser les règles et d’appartenir à un passé, une autre vie, de finir ou commencer une histoire, la sienne. Comme ces images fortes que l’on conserve et qui un jour deviennent des sons, des images, des négatifs positifs.


Une bande dessinée sociale, sociable, généreuse, humaine.

« Une image porte en soi les traces d’autres choses. Des choses invisibles comme les sons, les odeurs, le temps. Comme le vent »

Les bulles de la semaine sont à retrouver chez Noukette.



Les nuisibles

Piero Macola

Futuropolis




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