• Sabine

Pascal Blanchet - La fugue


Tout commence dans la tristesse absolue d’une maison corbillard, d’une maison où un piano droit semble être enterré. A son seuil, un vieil homme aux cheveux hirsutes et grisonnants, nœud de papillon rouge au cou, redingote noire et mine affligée. Un rosier grimpe sur les murs, vestige d’un jardin oublié. Au loin, la ville gronde sous des immeubles buildings. Quelques touches de rouge rappellent la vie, une porte, un calisson sur le mur mais on devine la peine, la tristesse, la lourdeur d’une solitude écrasante, le deuil, le déluge.

Puis on tourne la page, les pages.


On tourne la vie, comme un disque, un vieux 78 tours sur la platine du gramophone au son grésillant, un rythme d’une jeunesse oubliée, swinguant, jazzy. On entre dans la maison et on regarde le vieil homme nous raconter son histoire. Les souvenirs foisonnent au gré des pages jaunies. On se laisse aller à cette petite musique, mélodie des jeunes années. On s’installe, comme Hooper, seul, à un bar. On entend, au loin, le murmure de la ville venir couvrir les rythmes endiablés de cette fugue. On poursuit cette lecture, cet album photo sans photo, tout en illustrations. On tourne les pages et les sourires fleurissent. L'amour, l'armée, la guerre, le mariage colombe blanche, la famille qui arrive, s’agrandit toujours ponctuée par ce rythme swinguant. Autour du piano droit, bientôt 4 enfants piaffent d’impatience, grandissent, deviennent à leur tour adulte et partent de la maison. Cette maison qui devient l’abri solitaire de cet homme qui voit partir sa bien-aimée, électro cardiogramme plat.

« Pourquoi ? »



En hommage à ses grands parents zazous et jazzophyles, Pascal Blanchet a construit cette histoire illustrée, graphisme des années 50 où tout se dit sans une parole. Comme un vieux film en noir et blanc, une bande son, il nous plonge dans les souvenirs. Sous ses crayons, s’installent une vie, des sons, des gens qui ne demandent qu’à sortir de l’album et vivre, danser, parler, s’aimer.

Un dessin tout en droite et verticalité, une palette qui marie les ocres, le blanc et des touches de rouges qui semblent éveiller les corps longilignes, les courbes. D’une mélancolie poétique, on se prend à sourire, à aimer ce vieux papier kraft, ces 78 tours à la bande son nasillarde, grésillante, à ces touches de rouges, ces personnages ombres chinoises. Sans un mot, une parole, muet, on imagine les Triplettes de Belleville bougeant leurs popotins et nous narrant cette histoire. Le silence ressenti, le deuil arrivant, la solitude nous plonge dans une tristesse et une madeleine bas-de-laine qu’on aime se rappeler, aimer.


C’est délicat, poétique, mélancolique, mélodieux à souhait. Et ce n’est pas la bande son dévoilée à la fin de cet album illustré qui nous dira le contraire. Un beau coup de coeur découverte de l'univers de Pascal Blanchet.


La fugue Pascal Blanchet La Pastèque




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