• Sabine

Michel Rabagliati - Paul à la maison

Mis à jour : janv. 15




« Mais le temps a prouvé le contraire. Quinze ans plus tard, ils sont toujours là et moi aussi. Leur boite a grossi, j’ai laissé aller mes clients un par un et je suis devenu auteur BD à plein temps. Qui aurait pu prévoir cette aventure ? »

Paul a 51 ans. L’âge du changement de dizaine, de la bascule dans le monde du compte à rebours décroissant. 50 piges passé le choum de Paul. 51 ans, des cheveux clairsemés sur les tempes, des plis qui se creusent, une silhouette moins alerte, un moral qui s’affaiblit comme peau de chagrin qui devient. 50 ans et cette vie qui tourne autour de la fashion, de la surconsommation du moi, cet autre chapitre qu’il faut écrire dans l’allégresse et les rires, dans la super way of life comme c’est démontré dans les magazines où la génération des quinquas s’épanouit autour d’un verre de l’amitié, de voyages au soleil, d’une pléthore high-tech plus geek que les geeks new-generation, de cours de yoga en cours de gymnastique synchronisée tendance bobos supers liftés.

51 ans. Paul et ses illusions un poil désillusionnées, entre regrets et espoirs, entre une vie passée et un futur en pointillé. La solitude qui pointe son nez face aux départ de ceux qui ont fait sa tribu : sa femme, sa fillotte de Rose, sa vielle mère malade à s’occuper. Et la technologie qui renforce cette tendance de has-been dépassé si on ne détient pas le dernier cri, modèle, tendance trop cool. Pernicieuse et viscérale. Tout le temps.


Paul largué par un temps qui passe vite, trop vite, ne correspondant plus à son univers, à ses idéaux, ses envies.


Paul à la masse, enfermé dans une maison qui lui ressemble, largué, fissuré, délaissé, s'employant à éclaircir le fond de ses pensées comme on nettoie au chlore le fond des piscines pour qu'elles redeviennent propres, comme seul le chien se souvient d’une vie d’avant qui laissait si peu de temps. Entre une envie de changement et cette mini-révolution intérieure qui naît au passage des années.


Paul, Mon Paul.

Depuis le début je le suis et depuis le début je l’aime mon Paul. Cette impression de voir un double de papier défiler sous mes yeux, de grandir avec. Authentique, vrai, sincère avec lui et la vie. Une vie sans éclat mais une vie attachante. Paul mon frère de correspondance. Son regard si tendre et loyal, ses tours de passe-passe, ses amours et amitiés, ses pas qui deviennent des courses et des marches un peu moins rapides, plus forcées. Paul et sa tendresse, sa générosité et attention, bienveillance, comme une page qui s’inscrit sans faire de bruit dans le monde de la bande dessinée bruyante, galopante, brillante, et stéréotypée. Comme une réalité.


Michel Rabgliati a sans contexte, cette acuité sur ce monde, sur cette génération qui a été et se trouve à son tour dans un nouveau virage, une transition entre l’envie d’être dans la mouvance d’une dynamique et le besoin de se recentrer, de comprendre que la vie glisse, que certains arbres doivent être abattus pour laisser repousser la sève d’un nouveau printemps. Le regard se pose sur les désillusions, les irréalités d'une vie fantasmée, sur ce tournant à prendre, cette mini-révolution, sans fanfare ni trompette, sans luxe ni soupçon d'une gloire et d'une beauté, qui bouscule les êtres.


De case en case, dans son style propre, gaufrier noir et blanc, graphique dans sa recherche architecturale, sans effet ni manchette, Michel Rabagliati signe un portrait magnifique d’un Paul sincère, honnête, franc, paumé, au croisement de sa vie. Rabagliati joue avec la tendresse et l’humour désabusé, un poil farceur, entre un gris sombre et un gris lumineux. Il met le doigt là où le monde s'évertue à aller : la technologie, les quinquas jeunes et débonnaires, les pertes de repères, la futilité des amitiés, des amours, la peur et les doutes d’un avenir d’un futur matériel, du manque de confiance, du phénomène croissant de la solitude. Le trait devient délicat, sans chercher à tenter un nouveau Paul ou une nouvelle couleur, un autre format. Paul tel qu’on l’a découvert et tel qu’il est, philosophe sur sa vie, tendre et révélateur.


Et c’est pour cela qu’on l’aime Paul. Pour ce qu’il est : vulnérable et fragile, humain et délicat, sobre et beau. Tout simplement.



Les bulles de la semaine sont à retrouver chez Dame Moka



Paul à la maison

Michel Rabagliati

La Pastèque




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