• Sabine

Mélanie Leblanc - Des falaises




« accueillir ce qui falaise en nous les fissures le fragile et cet élan vers le ciel »

Des Falaises, Mélanie Leblanc. Sentir l'oxygène, l'air, le vent, l'herbe, les embruns, l'océan, les pierres, la craie, les galets, la pluie, la brume... Manger, bouche ouverte, du tout, le tout. S'enivrer des mots-regards, se réchauffer à la lumière qui filtre par les nuages. Boire à plein vent.

Grandir le ciel, la mer, la falaise. De tout. Etre tout. L'horizon, la vague, l'herbe folle, la plage.


Se sentir forte, faible, fragile, sensible, indétrônable,affronter le dessus, le dessous, les lignes et les strates. Chercher les lignes, la ligne, les droites et perpendiculaires. Faire des parallèles et poursuivre les courbes.

« être falaise à l'horizontale et à la verticale de tout »

Remonter la vie en noir, en blanc, de lignes indéfinies. Etre « un trait entre le ciel et la terre ». Poursuivre la lecture, se sentir rattraper par les mots, les sons, la beauté de ce qu’ils nous donnent. De jour, de nuit, jouer avec les phrases comme on joue avec les pierres. Faire des ricochets, polyphonie de sons, de sensations, d’émotions, chants de sirènes, sirènes de navires, la pointe du silex. Etre falaise, friable, forte et dure. Attacher, lier, relier aux pages volantes dans le courant. Coller les mots à ces mots, ces phrases. Les faire éternelles, les rendre falaises, empreintes d’un temps.

« puiser la force dans la falaise la regarder en face s'appuyer sur la peur même»

Affronter les tunnels, les gouffres, les espaces qui se dévoilent soudainement sous les yeux. S’enfoncer à la recherche de trésors perdus, miraculeux, merveilleux. S’engouffrer dans ses peurs, s’agripper à la roche, friable toujours, coupante encore, tendre souvent. Apprivoiser ce nous qui nous fuit, ce nous qui nous attend. Puiser sa force dans le rocher, ressentir les âges, la douceur et l’entêtement à poursuivre sa verticalité. Devenir léger.

« les galets nous disent que le passé peut se détacher d’un coup du pointu coupant tranchant pour devenir du doux chantant. »

Retrouver son assise. Faire face à la mer, aux pierres, aux blockhaus qui du haut des falaises ne sont que ruines d’un passé qui se meurt et rend la vie riche, la vie blanche, la vie belle et forte des récifs morts. Garder la tête haute malgré les saignées et les artères ouvertes, les stigmates et fissures. Retrouver la douceur et la volupté du galet. Devenir légère comme une plume, se sentir oiseau surplombant la falaise, des falaises. Vivre, revivre. Etre falaise à son tour et accueillir les strates, les galets et silex, les âges tendres et dures, les fissures, le fragile, l’émouvant et le beau. Faire face au ciel.

« nos falaises n'en finissent pas de tomber mais tête haute elles regardent devant ce qu'apportent le vent »

Je ne saurai vous dire tous ces mots, ces sensations, ces émotions qui m’ont parcourues, conquises à la naissance Des Falaises de Mélanie Leblanc. Il y a eu les photographies, les galets, le vent s’emmêlant dans mes cheveux, les embruns finissant leurs courses sur mes lèvres salées. J’ai aperçu Etretat, Falaise, La Pointe du Raz, Le Cap Sizun, mon entre deux mers, Le Nez de Jobourg, mes falaises aussi. Le papier était doux au toucher et l’envie de tourner les pages se mêlait à la course du temps, le vent soufflant en tempête.

J’ai lu ce recueil sur ma plage de bord de Loire, dans un tram, chez moi, au chaud allongée sur le canapé. J’ai lu, eu envie de filer vers la Normandie, vers ma Bretagne sacrée, doucement, tendrement comme on chemine sur la pierre, comme on rentre chez soi. J'ai lu et je l'ai relu, aujourd'hui, entre deux temps, entre deux mots, éloignée du tout, du bruit, du monde, repliée sur ma Falaise. J'étais chez moi. Dans mes falaises. Sur mes falaises.

« Il en faut des falaises pour tenir face au vent »


Des falaises Mélanie Leblanc Cheyne Editeur



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