• Sabine

Hélène Laurain - Partout le feu

Dernière mise à jour : 18 janv.





« à Boudin déjà 80 âmes chaque année en moins les lampadaires sont des candélabres à diode électro-luminescente rarement on a vu aussi beaux lampadaires trottoirs et église dans un village fantôme ils pourront tout acheter les hameaux les villages les maisons les forêts les champs la bonne volonté ça marchera plus ou moins bien ça finira par marcher ils auront un million d'années devant eux ce sera leur hyperprojet »

Comment écrire sur un livre quand tout ce qui en fait sa force réside dans son écriture, dans l’explosion des mots, de la folle folie qui s’empare de nous à sa lecture, à l’incroyable mélodie qui s’en dégage, la puissance politique, sociologique, poétique et orale. Si écrire est un acte libérateur, une nécessité à la liberté d’être soi, d’oser affronter ce qui ne s’affronte pas, lire est un rappel à la vie, un miroir à l’écriture. Et si il fallait une preuve à « écrire c’est quoi », ce livre en serait un manifeste, un acte nécessaire, une révolte, un feu, une urgence, une poésie, une grenade radioactive dégoupillée, un embrasement.


Partout le feu est une pépite incendiaire, une bombe qui éclate dans les mots, les phrases, le rythme. Il est fait de feux et de lumières incandescentes, de cendres et de rages, d’embrasement et de révoltes. L’embrasement d’une jeunesse qui ne trouve sa place que dans les vides laissés par la société. Une société qui a pactisé avec le diable, l’ultra violence d’un modèle économique, sociologique, sociétal, cultuel, écologique. L’ultra violence, la rage des désespérés de s’y retrouver, d’en être. L’embrasement de vivre, de cogner, de se cogner aux angles durs, cassants, d’une condition humaine déshumanisée des conneries d’un monde imparfait, ultra codé, ultra marketé.


« je peux me croire survivante d’un cataclysme qui n’a pas encore eu lieu peut-être qu’un jour tout s’arrêtera pas brusquement […] mais tout s’arrêtera et nombreux nous serons qui casserons l’idée de l’idée d’un changement »

Je pourrais vous décrire sa force, sa beauté borderline, son dépoussiérage de la narration, de la versification, de la créativité folle de sa forme, de son fond. Je pourrais vous décrire son histoire, l’histoire de sa radioactivité, de l’embrasement, du feu, des feux, des deuils, des manques, de l’amour, du désamour, de la croyance absolue en la vie, jusqu’à la mort, jusqu’au brasier, du désir d’une jeunesse désœuvrée, de la diagonale du vide, des terres qu’on défriche à coup de bulldozer radioactifs, des trous paumés et de la diagonale du vide, d’une province hantée, de lieux où la musique est tellement forte qu’elle empêche d’entendre les cœurs de dérailler, de s’incendier. Je pourrais vous citer la perdition, les envies de tout déterrer, de ne croire en rien et surtout pas en l’humain, en l’avenir, au sens profond de l’humanité. Je pourrais vous emmener au-delà des habitudes, du quotidien.


Les choses qui soignent je penserai poussent surtout dans des non-lieux des niches.

Hélène Laurain, pour un premier roman, a tapé fort. Extrêmement fort. Elle a ouvert son écriture à ce qui perturbe, frôle la folie et la démence, la révolte et le grondement. Elle a fait bouger les lignes de la narration, se sert des mots et de l’écriture comme on se sert d’un étendard, d’un tremplin, d’une lance, de l’oralité et de l’incandescence. Il y a une urgence à la lire, à lire ce premier roman, à se prendre au jeu de dupe d’un monde qui explose, outrage, défonce. Il y a une urgence à lire le grand incendie final, à se regrouper autour de Taupe, de Fauteur, de Laeti, d’entendre leur furie, leur envie, leur destin, de prendre de plein fouet la grenade qui remplace leur cœur. Il y a une urgence de rage absolue, salvatrice, vivante à découvrir ce brasier, ce souffle radioactif qu’est la vie qui explose, explore les vides, les gouffres et les terres gelées..


une urgence à lire

une pépite qui explose le cœur, le corps et réveille l’incendie.



« j'essaie de trouver du sens à ce que je fais »


Partout le feu

Hélène Laurain

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