Chère (Ou pas)
Pluie de juin,
Cela fait dix jours au moins
Que tu t’es installée
Dix jours au moins
Que nous n’avons plus dîné dehors
Plus mis de sandales
Dix jours au moins
Que je ne sors plus le soir
Respirer le chèvrefeuille
Inspecter les groseilliers
Admirer le noyer
La terre est détrempée
Dix jours au moins
Que la baie vitrée du salon
N’en finit plus de ruisseler
Et ses larmes
Brouillent le paysage
Il lui faudrait des essuie-glaces
Pour que l’on puisse quand même
Apercevoir les arbres
Et puis le ciel
Mais on le verrait si bas
Si gris
Si triste
Peut-être que l’on en pleurerait aussi
Au petit matin
Le chat rentre
Tout mouillé
Tu as sûrement tes raisons
Pour t’imposer si fort
Cette année
Peut-être que le jardin
T’en sait gré
Que les nappes phréatiques
Frétillent de bonheur

Peut-être que tu venges
Tous les petits animaux
Toutes les plantes sauvages
A qui les sécheresses
Des années passées
Ont été fatales
Mais moi
Moi
Tu me délaves en dedans
Tu me dilues
Tu me ravines
Et je lutte
Pour ne pas me dissoudre
Puis m’écouler
Et disparaître
Dans le fossé
Qui longe le chemin de la maison
Ça semble dérisoire, je le sais
Se plaindre de la pluie
Pourquoi pas râler
Que la nuit
Succède au jour
Tant qu’on y est
Ainsi va le monde, mon petit
J’ai des soucis d’enfant gâtée
Mais c’est, vois-tu
Que ça tient à peu de choses
Un moral
En temps de pandémie
Ça tient
Notamment
A une belle lumière du matin
A la douceur d’une brise tiède sur la peau
Aux odeurs d’herbe coupée
Au bourdonnement des abeilles
A la saveur d’une fraise sucrée

Tout est fragile,
Depuis dix-huit mois
Et je n’y fais pas
Exception
Je crois
J’ai besoin d’été
Un besoin dingue
insatiable
irraisonné.
Chère
(ou pas)
Pluie de juin
Tes gouttes tombent sur moi
Comme tomberait
Du gravier
Elles me blessent
M’écorchent
La peau
Le coeur
L’âme
Elles hypothèquent ma joie
Et je déteste ça
Tu vas me dire
Que j’en fais trop
Que je suis trop sensible
(Si seulement
Tu savais à quel point)
Et moi je vais rire
D’un rire un peu triste

Chère
(ou pas)
Pluie de juin
J’aimerais
S’il te plaît
Retrouver le soleil
Avoir chaud
Dès le matin
Rire tard
Le soir dehors
Me sentir
Légère
Je veux danser
Boire
Et écrire
Sans pull
Sans manteau
Sans capuche
M’émerveiller
En répétant
« C’est l’été »
Je n’ai rien d’autre
A offrir
En échange
Que la promesse
De goûter ces moments
Au sec
A leur juste valeur
(Immense)
Croix de bois, croix de fer
Dans l’espoir
De te voir
T’estomper
Je te prie
Chère
(ou pas)
Pluie de juin
De recevoir
Mes salutations
Fatiguées
D’être arrosées
Bretagne, le 27/06/2021
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Lettre à
Gaëlle Pingault
Un été Jaune Carré

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