• Sabine

Camille Readman Prud'homme - Quand je ne dis rien je pense encore



« quelque fois tu manques de mots ou plutôt d'espace pour dire les mots et ce qui aurait pu être une parole reste une pensée »

Il est dit que parfois je me disloque, parfois je croise une personne, un regard, des jours, des aurores des crépuscules, des regards ou des mots. Je me fragmente, éraflée à la rugosité du monde, quadrillée par le temps, absente aux mots, à l'espace. Il est dit que des fois, intimement, on se rencontre entre fébrilité et panique, entre désir et vie, entre l'amour et la peur d'aimer, d'être aimer.


Des fragments, des brides, une conversion avec soi, des pensées qui assaillent, témoignent de l’être et l’âme, ces longs monologues dans le silence et la solitude, dans le retrait et le vivant ébouriffant. Une chambre à soi quelque part entre ce qui se prononce et ce qui se voit.

Ne rien dire mais penser encore, laisser le souffle venir, se poser, graviter autour de soi comme une discussion, un sujet philosophie, poétique, un essai sur nos incertitudes et nos doutes, nos rejets et acceptations, nos sujétions retenues. Un manifeste du silence, de la parole qui ne dit rien mais pense encore, la liberté d’être ou pas, la croyance à nos rêves, nos folies, sa foi, ses certitudes du rien et du tout, de soi, des fragilités si présentes, des sensibilités gauches et émouvantes.


« tu protèges tes tristesses, car tu sais que si tu en ignores l'origine elles te seront confisquées, souvent ce que tu entends à la radio te bouleverse, il y a les mille détours parcourus par celles et ceux qui ont dû s'exiler, il y a les graves accidents, il y a la souffrance au travail, quand des couples se séparent tu en es toujours trop affligée, chacun porte sa peine et toi aussi, tu vis comme un champignon, ton cœur s'étend comme le mycélium, tu débordes de ton corps comme de ce qui te vise, quand on te demande ce qui t'affecte tu ne peux pas dire la vérité bien longtemps.»

On tend l’oreille, le corps au plus proche de sa pensée. On écoute sa voix, les murmures, les sourires, des doutes (par milliers), les tremblements de lèvres, les pincements de corps, les poussées de fièvre, l’intime silencieux du cœur qui se poursuit dans l’alcôve du vivant, les perceptions, les plaisirs, les douleurs, la beauté, la simplicité d’être (donc je suis), la diversité foisonnante de la pensée, les fausses vérités. L’esprit emprunte on ne sait quel océan, on ne sait quel vague. Il navigue, emprunte un autre itinéraire. Le mot devient vision, introspection, fragilité certaine qui fait avancer. Il remet en question nos émois, nos certitudes dérobées. On ne dit rien parce que c’est là que résident le trouble, la fragilité palpitante, la pensée sensible et multiple de nos sentiments, l’angoissante beauté de l’envie de vivre, du besoin impérieux de nos silences, de nos corps et écrits.


« on croit que ceux qui ne parlent pas ne pensent rien que ceux qui sourient sont heureux on croit aussi que ceux qui sont convaincus ont raison que ceux qui écoutent obéissent »

Il est dit que ce livre à la couverture jaune nous disloque par ses mots, son écriture, sa poésie, les fragments de Camille Readman Prud'homme. Il est dit alors que nous ne dirons rien mais penserons encore et retrouverons l'envie de déposer nos mots aux bras de ceux qui descendent au fond de la nuit, de leur nuit. Et parce que quand je ne dis rien je pense encore.


« Parfois je me disloque »


Quand je ne dis rien je pense encore

Camille Readman Prud’homme

L’Oie de Cravan

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